Cindy Chamblas – Nicolas Alberman et le monde invisible

Jean-Benjamin Jouteur lit un extrait de : 

Nicolas Alberman et le monde Invisible 

de Cindy Chamblas 

De temps en temps, Nicolas imaginait être comme tout le monde. Parfois, il jouait à être « normal ». Lorsqu’il voyait que tous ses camarades de classe levaient la main pour répondre à une question de l’instituteur, il levait la main aussi, sans vraiment savoir quelle était la question. Lorsque son père lui demandait d’acheter du pain dans la boulangerie en rentrant de son école, il s’amusait à répéter ce que la personne devant lui avait dit à la boulangère. C’était un jeu plutôt drôle et rassurant. Mais il ne fallait pas oublier que tout ça, ce n’était qu’une illusion, un château de cartes immense qui s’évanouissait brutalement lorsqu’un souffle le rencontrait. Ce n’était que de la fumée. Tout ça, ce n’était pas lui.
Lui n’était pas là.
Il n’était pas comme les autres et pour découvrir ce qui faisait sa singularité, ou du moins, une des raisons, il fallait se loger derrière ses yeux.
De là, le monde était bien différent, car Nicolas voyait des choses qui n’existaient pas. Enfin, pour être plus précis, Nicolas voyait des choses que les autres ne voyaient pas.
Autour de lui, le monde était plus vaste. Les ruelles étaient remplies de gens un peu différents. Des passants faits de cotons transparents flottaient parmi les autres. On aurait pu dire que c’était des fantômes, mais pour Nicolas, ils étaient bien plus que ça. Les histoires de fantômes qu’il avait entendues les décrivaient toujours comme gris, effrayants et faisant de mystérieux bruits avec le son « ouuuuh ».
Pour Nicolas, c’était plutôt une explosion de couleurs apposée sur la grisaille du quotidien. C’était des personnes légèrement transparentes, qui semblaient flotter plutôt que marcher et qui se trouvaient toujours dans d’étranges nuages colorés. Parsemés autour d’eux, ces nuages n’étaient pas que couleur, ils étaient aussi composés d’images. En effet, leur propre monde défilait sur des écrans éphémères. Il y avait des paysages, des objets, des personnages, qui se dessinaient dans la brume colorée. Nicolas avait fini par en déduire que c’étaient les souvenirs de ses étranges passants qu’ils portaient comme des bagages de leur passé.
Quand les passants remarquaient que Nicolas pouvait les voir, ils le regardaient parfois avec curiosité. Il arrivait même que certains le suivent, mais jamais personne ne lui parlait. Les mots semblaient difficiles pour eux, alors c’était avec leurs images qu’ils communiquaient.
Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que parmi toute cette vie qui grouillait, invisible pour les autres, il y avait quelqu’un que Nicolas connaissait très bien.
Là, toujours près de lui, il y avait sa maman. Sa jolie maman aux cheveux d’or entourée de volutes colorés. On y voyait souvent une maison ainsi que des ruelles parisiennes, parfois des crayons ou des boîtes anciennes. Il y avait aussi l’odeur des pétales de rose et l’éclat d’un ruisseau sous un soleil d’été.

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